Le vinaigre, c’est aussi un produit fermenté. Il est apparu avec le vin comme son nom l’indique : vin aigre. Le vin existe depuis plus de six mille ans, et déjà à cette époque-là on cherchait tous les moyens pour le conserver. C’est à dire l’empêcher de se transformer en vinaigre, ce qui se produit en présence d’air lorsque les bactéries de l’espèce Acetobacter, forment un voile en surface et transforment l’alcool en acide acétique.
Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas d’alcool dans le vinaigre, ou alors de manière très résiduelle. Les bactéries l’ont transformé en acide. Le pourcentage indiqué sur la bouteille est celui de l’acide acétique.
Depuis la plus haute antiquité, donc, le vinaigre est utilisé comme antiseptique, condiment pour assaisonner la cuisine, boisson rafraîchissante (dilué avec de l’eau), aromatisé ou non avec du miel, des herbes, etc…, et aussi comme conservateur.
Bien souvent de nos jours, on ne connaît que les vinaigres industriels, qui sont pasteurisés et faits de manière standardisée, produits en masse. Avez-vous déjà goûté un vrai vinaigre artisanal, ou maison, non pasteurisé ? Ou même de le préparer « maison» ? Vous serez surpris par la richesse de la saveur, et vos salades vont prendre une autre dimension.
Jusqu’à aujourd’hui je pensais de manière erronée que c’était compliqué. D’abord il faut avoir un vinaigrier, qui mesure au moins 5 litres pour les plus petits, il faut consommer beaucoup de vinaigre, et cela prend de la place dans la cuisine. Et puis après qu’on a pu se procurer le vinaigrier et qu’on lui a trouvé un emplacement, il faut aller chasser une « mère» de vinaigre. Ici je veux aussi chasser une idée reçue qui prétend que la mère du vinaigre est la masse gélatineuse qu’on trouve au fond du vinaigrier ou des bouteilles : non, pas du tout. La mère est constituée des bactéries acétiques qui vivent à la surface du vinaigre, là où elles sont en contact avec l’oxygène. Et c’est quand elles meurent qu’elles tombent au fond en s’agglomérant dans cette masse gluante.
Si on n’a pas d’ami qui fasse lui-même son vinaigre, ça se trouve où, alors une vraie mère de bactéries acétiques ? Il suffit en réalité d’avoir un peu de vinaigre non pasteurisé pour amorcer la fermentation du vinaigre. Certes, mais le vinaigre non pasteurisé, de nos jours, c’est une denrée rare !
Suffirait-il de laisser du vin à l’air, pour qu’il se transforme en vinaigre ? C’est vrai en théorie car la réaction va prendre plus de temps, et sera un peu plus aléatoire, il y a un risque que ça parte en vrille, que ça fasse des moisissures, par exemple.
J’avais donc envie de faire mon vinaigre depuis longtemps, depuis que je m’intéresse aux aliments fermentés, mais toutes les difficultés ci-dessus m’avaient arrêtée dans mon entreprise.
Or, voici que le destin a frappé à ma porte, en la personne d’un artisan vinaigrier et moutardier, David Doczekalski qui a créé la vinaigrerie du Clos Saint Antoine, à Callas dans le Var. Il me demande si je veux essayer le nouveau vinaigrier qu’il a mis au point, qui est petit (2 litres et demi de contenance) et qui est très facile à utiliser pour les débutants comme moi. Ce vinaigrier prend peu de place, il est sans robinet (qui peuvent se boucher, fuir, et sont difficiles d’entretien). Il est vendu avec le système pour prélever le vinaigre, le mode d’emploi et le fameux vinaigre non pasteurisé qui joue le rôle de starter. On n’a plus qu’à fournir le vin ! Le système est baptisé Keep Up.
J’ai dit oui tout de suite.
Voilà ce que j’ai reçu, quelques jours plus tard, bien emballé dans un carton.
1 : Le corps du vinaigrier, il est en grès, très joli, ça fait un bel effet dans une cuisine.
2 : Le couvercle muni d’un orifice circulaire en son centre.
3 : la pipette en grès, qui va servir à prélever le vinaigre.
4 : Le bouchon de la pipette en bois avec un joint.
5 : La bouteille de vinaigre non pasteurisé qui fera office de starter
6 : La spatule en bois qui servira à enlever la mère quand elle sera devenue trop importante.
Non non, le vin n’est pas fourni ! Ne prenez pas un grand cru, mais pas une piquette non plus, et de préférence un vin bio. Les autres sont beaucoup trop un peu trop sulfités.
Donc aussitôt arrivé, aussitôt mis en route : je rince les différents éléments à l’eau claire, je laisse sécher sur un linge propre tandis que je vais chercher mon vin à la cave.
Je verse la bouteille de vinaigre dans le récipient, j’ajoute le vin coupé de 50 % d’eau (pour 1 litre, ajouter 500 ml d’eau, inutile pour le cidre), je remets le couvercle, la pipette et le bouchon, et j’attends.
Une semaine plus tard, la mère commence à se manifester. L’odeur est déjà celle du vinaigre, la saveur acide. Mais en même temps on sent encore celle du vin. Il faut environ 4 semaines pour que le vinaigre soit terminé. Plus il fait chaud, plus cela ira vite. Ce sera ralenti en hiver s’il fait en dessous de 20°C, et stoppé en dessous de 15.
Pour vérifier de temps en temps si tout va bien, on retire le bouchon et on sent à l’odeur, si le vin est transformé en vinaigre. On jette un coup d’oeil à l’intérieur. La mère doit former une mince pellicule en surface. Chez moi cela a commencé à se voir après 15 jours. J’ai essayé de le photographier pour vous montrer, mais on ne distingue rien sur la photo. Il faudra donc me croire sur parole.
Pour le prélever, on soulève la pipette en maintenant son bouchon en place avec les doigts. On la place sur le goulot d’une bouteille et on retire alors le bouchon : le vinaigre s’écoule dans la bouteille. On peut remettre du vin dans le vinaigrier, pour la prochaine fois.
Quand la mère épaissit, c’est à dire qu’elle fait plus de 5 mm d’épaisseur, elle ne sert plus à rien car une grande partie des bactéries est morte. Il faut l’enlever, ce qui est facile avec la spatule en bois fournie avec le vinaigrier. On l’attrape avec l’encoche de la spatule, on tourne comme pour enrouler un spaghetti autour d’une fourchette et on la retire. Le vinaigre qui reste contient alors uniquement les bactéries vivantes.
Vous pouvez aussi utiliser du cidre, du vin blanc, ou des vins spéciaux comme des vins doux naturels, ou même encore de l’hydromel ou du saké. Théoriquement tout ce qui contient de l’alcool peut faire du vinaigre. Il y a de quoi s’amuser.
À nous les bonnes salades avec les légumes de l’été !
Vinaigrerie du Clos Saint Antoine
Chemin des Costes
83830 Callas
Si vous habitez loin du département du Var, on peut se le procurer sur internet, je témoigne que la livraison est soignée et rapide, cliquez ICI. C’est aussi un très beau cadeau à offrir, je trouve.
Sur le site internet, il y a aussi les vinaigres et les moutardes produits par cet artisan passionné qui, je le souligne, ne pasteurise pas ses produits. C’est tellement rare de nos jours !
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Bonjour
J’ai voulu me lancer a faire du vinaigre de pomme , j’ai d’abord fait fermenter mes pommes dans de l’eau et du sucre 7-10jours puis transférer en vinaigrier avec un peu de vinaigre de cidre non pasteurisé au bout de 15jours j’ai eu plein de petits asticots sur le dessus du vinaigre est ce normal? J’ai tous jeter
Là j’ai voulu en refaire (on m’as donner une mère de vinaigre) et là je viens d’aller voir sur le dessus de la mère je commence à avoir quelque petits point de moisi est ce normal? Et est ce que je doit tous jeter?
Merci d’avance pour votre reponse
Les asticots viennent parce que des mouches des fruits sont venues pondre. Elles adorent tout ce qui est en fermentation, c’est pourquoi il faut couvrir le pot ou le vinaigrier, de manière non hermétique, mais il faut couvrir. Vous avez bien fait de tout jeter.
Effectivement ce n’est pas bon signe si ça moisit. Peut-être que votre mélange de pommes + eau + sucre n’était pas assez alcoolisé, au besoin ajoutez de la levure pour plus d’efficacité. Il faut qu’il y ait assez d’alcool, mais pas trop non plus, ça doit être vers 4 / 6 degrés. Et surtout : il doit faire chaud ! Si la température descend en-dessous de 20°C, le vinaigre ne se fait pas.
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Cet été j’ai fait du vinaigre directement avec mes fruits en surplus (passiflore, raisin). : Je laisse fermenter les fruits dans un récipient fermé pendant une 15aine de jours, puis je filtre et j’embouteille.
Je suis très contente du résultat, mais que pensez-vous de cette façon de faire ?
Par ailleurs, la dernière tournée, j’ai attendu un peu trop longtemps avant de passer et d’embouteiller, et j’ai récupéré une mère à la surface. Comment puis-je l’utiliser (en dehors de faire du vinaigre puisque je procède différemment) ? Est-ce comestible ?
Après 15 jours c’est pas du vinaigre. il faut au moins 4-5 semaines après l’alcoolisation des fruits pour avoir du vinaigre.
Vous obtenez certainement un genre de « piquette », un vin peu alcoolisé et très acide qui vous fait croire que c’est du vinaigre.
La fois où vous avez obtenu une mère de vinaigre, là, oui, vous avez fait réellement du vinaigre.
C’est comestible dans le sens où vous ne vous empoisonnerez pas en le mangeant. Mais bon. Est-ce vraiment si attirant ?
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Bonjour,
Je souhaite produire des vinaigres avec les fruits de mon jardin.
Je me lance avec des groseilles ; je fais une première fermentation alcoolique que je ferai suivre d’une fermentation acétique.
Auriez vous une méthode, des recettes, pour différents fruits et pour la fermentation alcoolique notamment ( l’acetique me eembke plus aisée) ?
Et quid des risques liés au méthanol ?
Merci !
Et bravo encore pour votre site et vos publications en librairie.
il y a différentes recettes de vinaigre dans mon livre « A l’école de la fermentation ». Le principe est bien celui que vous décrivez. Pour avoir une fermentation alcoolique, il suffit de laisser le jus de fruit au chaud (en ce moment ça marche super !), pas besoin de rajouter quoi que ce soit.
Ensuite, procédez avec ce jus de fruit fermenté comme si c’était du vin ou du cidre pour faire la fermentation acétique.
Avec des fermentations domestiques, il est impossible de produire suffisamment de méthanol pour ce ce soit dangereux. Surtout si vous ne distillez pas !
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