Je mange donc je suis : à voir au Musée de l’Homme

Les aliments fermentés sont à l’honneur dans une superbe exposition qui a lieu au Musée de l’Homme de Paris jusqu’au 1er juin 2020. Découvrez une vision de l’alimentation multi facettes, à la croisée des chemins entre passé, présent et avenir, culture et nature, corps biologique, et corps social, arts et science. 

L’exposition déploie des objets originaux, surprenants, artistiques ou magiques dans 3 salles. Cela peut sembler petit, mais c’est très dense et riche en surprises ! Le parcours aborde un grand nombre de problématiques liées à l’alimentation, sans jamais prendre parti. C’est au spectateur de tirer ses propres conclusions, et ça, ça me plait bien.

Ponctué d’oeuvres d’artistes contemporains, de petits films, de bornes interactives, le parcours commence dans la préhistoire et se termine dans les nourritures supposées du futur.  On y découvre trois thématiques : la nourriture liée au corps, aux sociétés, à l’environnement.

Le corps qui mange

Approche historique et scientifique tout d’abord, avec ces mâchoires du paléolithique dont on a analysé le tartre dentaire. On en a déduit le régime alimentaire de son propriétaire. Le paléolithique représente 99,5 % du temps que notre espèce a passé sur la terre. La nourriture consommée à cette époque a donc une réelle importance dans notre évolution autant corporelle que culturelle ! Invention d’outils et ustensiles, élaboration de recettes (si, si, déjà), adaptations à des milieux, à des sources d’aliments, apparition des goûts, et des usages sociaux…  Bien des choses actuelles remontent à cette période-là, et en disant cela, je ne pense pas du tout au fameux « régime paléo » tant en vogue aujourd’hui dans certains milieux.

Bière de manioc.Musée de l'Homme

La nourriture se pense autant qu’elle se mange.

Comment un ingrédient, un animal, une plante, devient-il un aliment ?  Pour être mangé, un animal ou un végétal doit être culturellement comestible. Et cela évolue selon les groupes humains, selon les époques. Les dégoûts et les tabous alimentaires ne sont pas anodins et en disent long sur les sociétés de mangeurs. Il existe aussi traditionnellement des nourritures féminines et masculines, qui vont de pair avec des injonctions sociales, des fonctions, et qui ont un impact sur le corps :  « sois mince », ou au contraire « sois ronde », selon que l’on est en Europe ou dans certaines sociétés d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie. Saviez-vous qu’en Mauritanie, on gavait les femmes autrefois ?  Moi non plus. On apprend plein de choses dans cette exposition !

La nourriture est aussi un élément magique. De nombreux aliments sont considérés comme sacrés. L’exposition met en relation la cène chrétienne durant laquelle le pain et le vin sont consommés comme étant la chair et le sang du dieu, et la consommation cérémonielle de l’igname en Papouasie, qui est considéré comme étant la chair des ancêtres.

Nourritures cérémonielles, manières de table, vaisselle et codifications des repas montrent encore l’importance du social.  On peut admirer le somptueux service en porcelaine de Sèvres utilisé à l’Elysée, ou assister à la cérémonie du thé au Japon comme au Maroc. Les aliments sont parfois identitaires, et l’alimentation possède un aspect esthétique et artistique. Une magnifique nature morte contemporaine de l’artiste Gilles Barbier rivalise avec les oeuvres monumentales du pâtissier Carême. Elle représente une immense fontaine de chocolat trônant au milieu d’un buffet gargantuesque. Observant cette oeuvre de ses orbites vides, le crâne de Carême himself, pionnier incontesté de la conception de la cuisine en tant qu’Art, trône dans une vitrine.

La Cène de Cécile Plaisance
La Cène, par l’artiste Cécile Plaisance

Manger la nature

Tous les modes d’alimentations n’ont pas le même impact sur la nature. On voyage au Kirghizistan et en Australie pour observer l’élevage extensif; chez les Inuits et les Pygmées pour apprendre la chasse et la cueillette; au Brésil et dans la Drôme pour comparer les méthodes d’horticulture…  La culture intensive de l’huile de palme répond à celle du blé dans la Beauce.  Toutes les deux ont façonné les paysages et transformé l’écologie des lieux. La transformation génétique des animaux d’élevage est aussi évoquée avec le taureau Jocko, père de plus de 300 000 vaches, dont le crâne repose au milieu de l’exposition, en écho à celui de carême et à celui de l’homme préhistorique.

Quelques aliments emblématiques de notre XXI° siècle sont là pour évoquer les enjeux sanitaires, énergétique, environnementaux contemporains et futurs. Les tomates, le saumon, le poulet, le soja, le maïs…

Kéfir de fruits. Musée de l'Homme

Les aliments fermentés sont bien entendu évoqués, entre le présent et l’avenir : laits, fromages, kéfir, vins, bières, etc.  Ils existent depuis l’aube de l’humanité, sont encore présents aujourd’hui, et existeront dans le futur…

Et dans le futur, mangerons nous des insectes ou des pilules ? On n’en sait rien. Tout ce qu’on peut dire c’est que la culture et l’aspect social ont énormément d’importance dans l’alimentation. Et donc les pratiques sont très difficiles à changer ! Les pilules n’intéressent pas grand monde, même si on trouve cependant des aliments en poudre dans les supermarchés.  Il y a fort à parier qu’au XXII° siècle on mangera toujours de la blanquette à Paris et du canard laqué à Canton. Ou peut-être de la blanquette de canard laqué dans les deux villes ? Faites-vous votre propre idée en allant visiter cette riche exposition.

Musée de l'homme exposition "Je mange donc je suis"

Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, Paris 16°.

Renseignements ici, clic. 

 



4 commentaires sur “Je mange donc je suis : à voir au Musée de l’Homme”

  • Bonjour,
    Pour tous ceux qui ne pourront se déplacer à Paris pour voir cette exposition, voici une vidéo d’un éminent biologiste français Marc-André Selosse sur les Aliments fermentés depuis le paléolithique à nos jours…je n’arrive pas à mettre le lien donc il faut chercher sur Youtube la chaîne: Ver de terre production chercher dans les intervenants: Marc-André Selosse
    Je voulais vous remercier pour votre blog que j’ai découvert il y a plus de 3 ans, grâce au pain au levain, depuis je me suis lancée dans la lactofermentation.. et je n’ai pas encore fini d’explorer!

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